2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 11:24

Hugo misérables

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour !

150 ans de Misérables, ça se fête. Et ça se fête à Bruxelles, là où Lacroix et Verboeckhoven, le 30 mars 1862, sortaient de presse la première édition de cette œuvre majeure de Victor Hugo. Mieux encore : le descendant direct du célèbre écrivain, Florian V. Hugo, Executive Chef de la Brasserie Cognac à New York, a mis son talent au service de cet anniversaire particulier pour concocter un remake quasi à l’identique du grand banquet organisé par l’éditeur, il y a un siècle et demi, pour célébrer la parution du roman. 

L'endroit choisi pour cet événement est aussi original qu'adéquat : la Galerie du Roi est privatisée pour l'occasion, et tendue de grandes draperies noires à ses points d'accès. L'espace ainsi délimité est aménagé en salle de banquet pouvant accueillir environ 200 personnes. Outre l'architecture du lieu, l'atmosphère d'époque est assurée par le dressage des tables, quelques personnages en habits du XIXe siècle, ainsi que différents éléments décoratifs (calèche, vélos, etc.). On nous accueille avec champagne, Xérès, Madère et Limonade à la neige à volonté. Puis nous passons à table, plus exactement des tablées d'environ 16 personnes, pas toutes remplies malheureusement, ce qui ne favorise guère le dialogue. Les festivités s'ouvrent sur un oxtail savoureux.

Hugo fleurs Hugo oxtail
Bouquet de table Oxtail

 

En second service nous recevons un aspic de légumes accompagnant une mayonnaise de homard et une (très) petite bouchée du crustacé en question, qu'il a d'ailleurs fallu réclamer au serveur. Tout ceci en prélude à un morceau de saumon beaucoup trop sec, agrémenté d'une sauce genevoise heureusement assez goûteuse quant à elle, et d'une bouchée de crevettes parfumée, quoique sans réelle originalité. Le vin blanc servi, un Chardonnay-Terret (Pays d'Oc) de 2010, très frais, brillait néanmoins par son absence de personnalité. Le "coup du milieu" clôturant ce premier service était un sorbet à l'ananas quasiment impossible à manger en raison de son extrême dureté.

Hugo homard Hugo galantine
Homard Aspic
Hugo saumon Hugo sorbet
Saumon et bouchée de crevettes Sorbet à l'ananas

 

Troisième service : un chapon cendré à la Toulouse, bien cuit mais dont la préparation ne rend pas justice à la noblesse de cette volaille. Il était secondé de fonds d'artichaut à l'italienne, de champignons à la provençale et de foie gras. Une préparation honnête, qui n'était pas sans rappeler les repas familiaux des années soixante. Dans notre verre, un bordeaux (Château Beauchamp 2007) qui, à l'instar du blanc précédent, ne laisse pas un souvenir impérissable.

Hugo chapon Hugo vin
Chapon cendré Château Beauchamp 2007

 

Un assortiment de fromages nous est proposé, suivi de fraises à la crème, d'une île flottante et d'une glace au lait d'amande, ces trois douceurs servies en portions de mini-dégustation sur une même assiette. En sortie de table, champagne, café et truffes au chocolat.

Le repas était ponctué de lectures et discours divers. Nous avons particulièrement apprécié une interprétation à deux voix très convaincante d'extraits de la correspondance entre Juliette et Victor, même si la sonorisation de l'espace laissait à désirer (manque de définition). Pour les mêmes raisons d'acoustique déficiente, les interventions musicales (quatuor à cordes) étaient à la limite de l'audible. Dommage.

L'idée était belle, le lieu bien choisi, la mise en situation soignée mais, pour 95 € par personne, on reste dubitatif quant au rapport qualité-prix.

Catherine et Daniel

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Publié par tables-et-voyages - dans Evénements
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Yves 06/06/2012 12:09

Madame, Monsieur,
Pour réaliser une reconstitution d'un banquet du XIX siècle, il ne faut pas s'attendre à un spuma azoté ou une émulsion d'algues parfumées, par contre, malgré les conditions de travail difficiles
rencontrées dans les Galeries Royales Saint Hubert, l'espace mis à notre disposition pour la réalisation des mets cuisinés, merci au MLM,le timing à respecter vis à vis des commerçants très
conciliants de céder une partie de leur devanture, le résultat est fort encourageant pour une réédition future, si l'on permet à l'initiative créative de s'exprimer.

Néanmoins, mais cela reste entre nous, le CHAPON SERVI est du véritable chapon des LANDES (coq châtré), le prix d'achat par personne revenait au prix exorbitant de 7€ PAR CONVIVES soit près de
1500€, il est alors très difficile de boucler un budget avec ce type de denrées,(foie gras, homard, crevettes grises, sans compter la main d'oeuvre) un palais fin et averti aurait déceler
l'excellence de cette volaille Française(d'accord pour les vins,ce ne sont pas des grands crus, au XIX siècle non plus d'ailleurs, les progrès en vinification sont remarquables, mais alors le prix
aurait grimpé en flèche, si nous avions servi un Chablis ou un Vougeot )
Comme les écrits restent sur le web, nous vous serions gré de modifier quelques peu votre point de vue sur cette appréciation qui dénigre le sacrifice fait par ces volatiles à qui on a retiré leurs
attributs.
Servir du poulet qui coûte 8 fois moins cher, des légumes de grandes surface, de la sauce en boîte, cela reviendrait à conclure qu'il aurait mieux valu servir des perles aux cochons, alors que 100€
pour un voyage de cinq heures dans le temps, c'est le prix d'un gsm, d'un voyage low cost, illusions dérisoires du progrès qui régresse, où le travail de l'homme n'a la valeur que de l'impression
générale
Nous espérons pouvoir nous entretenir sur notre façon d'appréhender les moments de vie que partagent encore de nombreux hommes, entrevoir la gastronomie telle qu'elle est partie intégrale de notre
patrimoine dans notre société actuelle à léguer à nos enfants (le mal est déjà fait merci le fast food et le glutamate)
Nous vous prions d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de notre considération distinguée

tables-et-voyages 06/06/2012 16:26



Monsieur,


Nous vous remercions de votre réaction, et tenons à y apporter les précisions suivantes :


 


Nous avons, nous semble-t-il, largement exprimé ci-dessus un avis des plus bienveillants quant à l’environnement et l’idée de cet événement, et tout comme vous
espérons qu’il soit à l’origine de nombreuses et intéressantes rééditions ultérieures.


 


Cela étant dit, le cadre et le concept ne sont pas tout : encore faut-il que le repas, puisque c’est de cela qu’il s’agit in fine, soit à la hauteur de ses
prétentions. Et nos remarques moins positives ne touchent que ce seul aspect de l’événement.


 


Notre faible culture culinaire, soyez-en assuré, ne va pas jusqu’à ignorer que les espumas et autres gélifications ne sont pas particulièrement représentatives des
fourneaux du XIXe siècle !


 


En ce qui concerne le chapon, notre avis exprime, non pas des doutes quant à ses origines ni l’absence forcée d’attributs qui le caractérise, mais la déception qui
était la nôtre quant à la préparation d’une volaille justement aussi précieuse, et qui nous a paru d’une banalité assez peu… digne d’un tel banquet! Nous reformulons du reste la phrase concernée
dans notre article, histoire d’en clarifier le sens.


 


Vous mettez en avant le prix « exorbitant » des denrées proposées pour expliquer, et peut-être même excuser le manque de raffinement des préparations
culinaires. Ces considérations sont sans doute très justifiées d’un point de vue pratique, mais montrent en même temps les faiblesses d’une telle
stratégie, et des déceptions qu’elles engendrent justement auprès du consommateur qui s’attend à ce que le jeu en vaille la chandelle.


 


En ce qui concerne les vins servis, nous faisons simplement remarquer que ceux-ci étaient peu intéressants. Il existe de nombreux vins bon marché, agréables et pour
le moins dignes d’intérêt. Les grands crus ne sont donc pas incontournables, loin s’en faut. Mais… que cela reste entre nous.


 


Pour rester strictement objectif en ce qui concerne ce repas historique (partiellement historique, du reste) : le saumon trop cuit, le centimètre cube de homard
qu’il a fallu réclamer, et le sorbet pétrifié pour ne citer que ces trois points ne jouent franchement pas en faveur du voyage dans le temps que l’événement était censé illustrer.


 


Catherine et Daniel