Vendredi 31 octobre : Amman - Ajloun - Jerash - Mer Morte
Nous quittons Amman dès 8h30 du matin. Après une heure et demie de route, nous découvrons, perché sur un promontoire boisé, le château fortifié d’Ajloun. À l'inverse de ceux visités la veille, ce château, construit au 12e siècle par les Ayyoubides, a été édifié dans un but militaire, en vue de défendre le territoire contre les Croisés. Il se distingue par son système de tours, de pont-levis et de passages voûtés.
Nous reprenons la route en direction de Jerash, où nous arrivons environ une demi-heure plus tard. Surnommée Pompéi de l'Orient, la ville antique de Jerash est dans un état de conservation tout à fait exceptionnel. On y découvre un ensemble monumental : un arc de triomphe, un hippodrome, une extraordinaire agora de forme ovale, deux théâtres et plusieurs temples, le tout s'articulant autour du cardo maximus, la longue rue bordée de colonnes qui traverse la cité sur 800 mètres. Un ingénieux système antisismique permet à ces colonnes de bouger légèrement sans s’effondrer, ce que l’on peut sentir en glissant les doigts entre deux blocs empilés. Nous déambulons plusieurs heures parmi ces ruines impressionnantes, rêvant à la vie quotidienne au temps d'Hadrien, avant de poursuivre notre voyage.
Le Mövenpick est un vaste complexe cinq étoiles de type Disneyland luxueux, offrant un accès direct à la mer Morte. Avec une 'altitude' de -440 mètres, cette célébrissime étendue d'eau salée est le point émergé le plus bas de la surface du monde. Son degré de salinité est dix fois supérieur à celui de l'eau de mer normale, et on y flotte sans effort, sans même pouvoir réellement y nager. Après la baignade, il est d'usage de s'enduire entièrement de la boue vert olive foncé qu'on puise à pleines mains dans les urnes disposées au bord de l'eau. Si les eaux et les boues de la mer Morte sont réputées pour soigner les rhumatismes et le psoriasis, l'expérience, aussi amusante qu'unique, est incontournable en soi.
Le repas du soir, inclus dans l’hébergement, est servi sous forme de buffet, et les nombreux plats proposés sont tout à fait honorables. Nous arrosons notre repas d'une bouteille de Saint George Chardonnay, un vin plutôt insignifiant. Nous terminons la soirée dans l’un des bars de l’hôtel, installé sur une petite place évoquant un village. Nous y fumons une chicha tout en assistant à un spectacle assuré par deux chanteurs et une danseuse du ventre. Nous regagnons ensuite notre chambre et profitons des derniers instants de la soirée sur notre terrasse, face à la mer Morte et à la côte cisjordanienne.
Samedi 1er novembre : Mont Nébo - Madaba - Al-Karak - Feynan
Toujours sous forme de buffet, le petit déjeuner du Mövenpick est bien garni et de meilleure qualité que celui du Sulaf Luxury à Amman. Nous rejoignons notre chauffeur et commençons notre journée par une visite du mont Nébo, situé à environ une demi-heure de route. Ce lieu biblique est l'un des plus emblématiques de Jordanie : selon la tradition chrétienne, c’est depuis ce promontoire que Moïse aurait aperçu la Terre promise. Le site offre un panorama remarquable sur la vallée du Jourdain, la mer Morte et, par temps clair, Jérusalem. Une basilique moderne abrite de superbes mosaïques byzantines mises au jour sur place, dont le charme originel pâtit malheureusement quelque peu de leur intégration contemporaine. Nous passons rapidement par le petit jardin attenant où pousse l'olivier planté en 2000 lors de la visite du pape Jean-Paul II, puis regagnons notre voiture.
Nous faisons une halte dans une des nombreuses coopératives de mosaïques qui bordent la route. On nous y explique les différents techniques utilisées : directe, indirecte et sur filet. L'entrepôt déborde de réalisations de tous types, formats... et esthétiques peu ou prou recevables. Nous reprenons ensuite la route en direction de l’église Saint-Georges de Madaba, laquelle abrite la célèbre carte en mosaïque de la Terre sainte, réalisée au 6ᵉ siècle, la plus ancienne représentation cartographique de la région. Les extraordinaires détails de cette mosaïque vieille de quinze siècles ont permis de découvrir, notamment, l'église Nea et le cardo maximus du quartier juif de Jérusalem. L’église elle-même est une construction orthodoxe moderne, simple et sans caractère particulier, édifiée au-dessus des vestiges anciens.
Pour le lunch, nous faisons halte chez l'habitant, en l'occurrence un couple d'agriculteurs qui complète ses revenus en cuisinant pour les visiteurs de passage. Nous participons à la confection de boulettes de jameed, le yaourt dur typique de Jordanie, fabriqué avec du lait de brebis ou de chèvre. Ce yaourt conservé sec peut se stocker dans des environnements non réfrigérés tout en conservant sa valeur protéinée et son goût intense. Nous nous installons à table avec Amin notre chauffeur, et dégustons en toute convivialité le mansaf maison concocté par nos hôtes, cueillant à la main à même le plat les morceaux d'agneau tendres et juteux, le riz parfumé et les délicieuses amandes grillées. Le tout est généreusement arrosé du bouillon de cuisson de la viande, auquel a été ajouté le savoureux jameed.
Nous remercions nos hôtes pour leur accueil chaleureux et leur mansaf aussi succulent que copieux avant de reprendre la route. Le château d'Al-Karak, aussi connu sous le nom de krak des Moabites, est une imposante forteresse croisée du 12ᵉ siècle, perchée sur un éperon rocheux dominant toute la vallée. Si son extérieur massif impressionne, l’intérieur, très sombre et en grande partie en ruine, ne présente pas énormément d'intérêt.
Nous faisons rapidement le tour des lieux, puis poursuivons notre itinéraire pour atteindre l'étape ultime du jour. Au bout d'environ deux heures de route, Amin nous dépose au parking du village de Feynan. Une jeep vient prendre le relais et nous emmène au Feynan Ecolodge, en suivant une piste chaotique qui traverse un splendide paysage minéral baigné de la superbe lumière de cette fin d'après-midi. L'écolodge est niché au fond de la vallée de Dana, et affiche une politique à 100% éco-responsable : repas strictement végétariens, électricité réduite au minimum minimorum, personnel exclusivement composé de locaux, etc. Avant le dîner, nous faisons une petite marche d'une trentaine de minutes et gagnons un point de vue idéal pour admirer le coucher de soleil sur le splendide panorama du Wadi Feynan.
Nous revenons au lodge pour le repas du soir, éclairé aux bougies : le buffet est excellent, exclusivement composé de spécialités locales, dont le pain préparé par les Bédouins installés à proximité. À l'issue du repas, le manager de l’écolodge nous invite à monter sur le toit-terrasse pour observer les étoiles. Féru d’astronomie, il passe près d’une heure à nous montrer différentes constellations au laser, nous expliquant la marche des astres au fil des heures et des saisons. Grâce à son puissant télescope, nous admirons Saturne et les cratères de la lune. L'esprit transporté par cette expérience fascinante et hors du temps, nous rejoignons notre chambre où scintillent quelques bougies.
Dimanche 2 novembre : Little Petra
Malgré une nuit un peu perturbée par un concert d'aboiements persistants, nous nous installons en plein forme pour déguster notre petit déjeuner, un nouveau buffet de mets locaux. Nous nous régalons notamment d’un excellent yaourt salé de chèvre accompagné d’une confiture de carottes râpées au cumin. Nous quittons l'écolodge, retrouvons Amin au parking du village, et prenons la route en direction de Little Petra, autrement appelé Siq al-Barid, un petit site nabatéen situé à quelques kilomètres au nord de Petra. Nous découvrons un étroit canyon bordé de façades taillées dans la roche, de tombes et de salles cérémonielles. Moins fréquenté et plus intime, le site permet d’apprécier le travail des Nabatéens dans un cadre paisible, en guise d'avant-goût avant de découvrir la cité principale.
Nous parcourons Little Petra en un peu plus d’une heure aller-retour, puis remontons en voiture en direction de notre point de chute pour les prochains jours. Le Hartna Zaman est une simple guesthouse installée dans une maison traditionnelle en pierre avec cour centrale. Le confort est sommaire, mais l’endroit offre une belle authenticité et la possibilité de vivre au rythme de la charmante famille locale. Nous y prenons un petit temps de repos avant de flâner quelque peu dans les rues du paisible village d'At-Taybeh. Nous poussons jusqu'au resort Hayat Zaman. Ce grand hôtel joliment aménagé est à peu près vide de touristes, rendus frileux par les événements en cours opposant Israéliens et Palestiniens. Dans une des échoppes du resort, un sculpteur sur pierre nous explique longuement les détails de son travail, démonstration à l'appui.
Nous regagnons notre guesthouse, et nous installons dans le jardin qui surplombe une vaste vallée entourée de montagnes s'étendant à perte de vue. Nous y contemplons un rougeoyant coucher de soleil avant de passer à table. Notre hôtesse nous a préparé un grand plat de riz parfumé, surmonté de poulet grillé et accompagné de yaourt. Nous nous régalons de ce plat simple autant que savoureux. Pour terminer la soirée, nous retournons au Hayat Zaman, et prenons place dans un des sofas du bar-salon. Nous commandons deux verres de vin blanc et une chicha, et profitons seuls de la compagnie et des talents du chanteur-oudiste qui anime ce lieu déserté.
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